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Linton Kwesi Johnson
Apparemment sage, presque austère, binocles et petit chapeau vissé sur la tête, LKJ tranche avec le style rasta. Pourtant, sa poésie est intrinsèquement liée à la culture jamaïcaine et est arrivée bien avant que les DJs roots ne l'adoptent eux-mêmes pour sonner de manière authentiquement rasta. C'est la Grande-Bretagne qui nous livre sa poésie dub, un mélange hybride et intriguant associant les rythmiques dub de Dennis Bovell à la versification en dialecte jamaïcain de Linton, qui en tant qu'activiste noir engagé, utilisait les textes comme fleuret. Rien d'étonnant pour ce chanteur très tôt confronté au racisme durant ses études qui n'en ont pas moins été brillantes. Emigré à Londres avec sa mère en 1963, il quitte l'école à 16 ans pour travailler et poursuit des cours du soir dont il sort diplômé d'une licence de sociologie. C'est dans ce contexte où il développe une conscience politique aiguë qu'il va militer au sein du mouvement révolutionnaire des Blacks Panthers dans les années 70.D'abord influencé par la musique 'euro-américaine', l'écoute du reggae va l'amener à écrire des poèmes en patois jamaïcains et à développer son travail au côté de Rasta Love, un groupe de poètes et de percussionnistes. En 1974, Race Today publie pour la première fois un de ses recueils de poèmes, Voices of the Living and the Dead. Dread Beat An' Blood, qui est également le nom de son premier album sortie en 78. La même année, un documentaire éponyme rend hommage à son travail. Confirmant son rôle actif dans la culture black, il est engagé en 1977 en qualité de libraire et responsable de l'éducation au Keskidee Centre, le premier bastion pour l'art et le théâtre de la culture noire. Toujours plus prolifique et en colère contre la société britannique, LKJ voit son troisième livre, au titre explicite England is a bitch, publié par le fils de Race Today en 1980. Suivent quatre albums sur le label Island : Forces of Victory (1979) qui l'ouvre à un public plus large, Bass Culture (1980), LKJ in Dub (1981) et Making History. La période suivante est marquée par une onde de choc qui secoue tout le milieu roots britannique. Après la mort de Bob Marley en février 1981, les labels délaissent le reggae et préfèrent investir dans des groupes comme Police ou les Clash, toujours reggae, mais pétris de tous les aspects des idiomes pop/rock plus rentables en Angleterre. Les groupes sont contraints de s'adapter et LKJ va travailler de manière intensive avec Dennis Bovell et son nouveau Dub Band. Ce dernier raconte : « Linton voulait se produire sur scène avec un groupe plutôt qu'avec de simples bandes d'accompagnement, et comme il était devenu beaucoup plus populaire hors d'Angleterre que chez lui, nous pouvions partir sur la route pendant deux ans sans interruption – dans toute l'Europe, au Japon, en Amérique – puis il fallait recommencer depuis le début parce qu'un nouvel album venait de sortir. » L'expérience se solde par un franc succès et l'opus LKJ Live in Concert with the Dub Band enregistré au Queen Elisabeth Hall à Londres, ne tarde pas à être nominé pour un Grammy award. Dans la foulée Linton crée son propre label et ses albums se font plus rares. Le poète préfère se tourner vers le journalisme et s'occupe d'émission consacrées à la musique populaire de Jamaïque et devient plus tard reporter pour la télé. La suite de son parcours est ponctuée de récompenses et de titres honorifiques. En 2005 il reçoit notamment la médaille d'argent Musgrave de l'Institut de Jamaïque pour son éminence dans le domaine de la poésie. Aujourd'hui, il reste considéré comme le premier poète du reggae.
Charlotte Grabli
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